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Comprendre la filtration › 2. Les équipements

CHAPITRE 2.1

Le filtre-presse à chambres

C'est la machine de référence de la filtration sous pression : une rangée de plateaux serrés les uns contre les autres, des toiles entre eux, une pompe qui pousse la suspension. Simple dans son principe, elle demande de comprendre son cycle pour bien choisir et bien entretenir ses toiles.

Nicolas Ract · lecture 7 min · octobre 2026

En bref

  • Un fonctionnement par cycles : fermeture, remplissage, filtration, soufflage, ouverture et débâtissage, puis on recommence.
  • Une pression de l'ordre de 7 à 15 bar en fin de filtration sur la plupart des machines, selon les sources consultées.
  • La toile fait le travail : elle retient les solides, laisse passer le filtrat, assure l'étanchéité et doit lâcher le gâteau à l'ouverture.
tête fixeplateaux à chambres + toilesvérin
Le plateau, vu de face : la chambre et ses picots de drainage, le col d'alimentation central, la couture de la toile et les orifices de filtrat aux angles. Le filtre-presse, vu de côté : la tête fixe et son alimentation, les plateaux suspendus à la poutre avec leurs toiles, la tête mobile poussée par le vérin, et le bac d'égouttage.

Le principe

Des plateaux verticaux sont alignés côte à côte entre une tête fixe et une tête mobile, poussée par un ou plusieurs vérins hydrauliques. Chaque plateau porte un creux sur ses deux faces : deux plateaux voisins forment ainsi une chambre fermée. Une toile filtrante recouvre chaque face [1].

La suspension (la « boue » ou le « jus » chargé de solides) entre par un orifice, le plus souvent central, qui traverse tout le pack et alimente toutes les chambres. Le liquide traverse les toiles, s'écoule dans les cannelures du plateau derrière la toile et sort par des canaux internes : c'est le filtrat. Les solides restent dans la chambre et forment le gâteau [1][2].

Le procédé est discontinu : la machine travaille par lots successifs, les cycles. Selon le Mémento technique de l'eau, c'est l'appareil de déshydratation mécanique qui donne le gâteau le plus sec, souvent au-delà de 30 % de matière sèche sur boues d'épuration [1]. Pour la notion de siccité, voir le chapitre 1.2.

Les plateaux à chambres

Les sources consultées décrivent des plateaux le plus souvent en polypropylène, parfois en fonte sur les grandes machines anciennes [1]. Quelques repères :

Le choix de l'épaisseur pèse lourd : une source du secteur des granulats indique que passer de 25 à 35 mm peut doubler, voire tripler, la durée de cycle sur une suspension peu perméable [4]. La courbe de filtration explique pourquoi (voir le chapitre 1.3).

Le cycle, étape par étape

1. Fermeture

La tête mobile serre le pack, d'abord à faible pression puis à pleine pression hydraulique [3]. La force de fermeture doit rester supérieure à la poussée de la suspension dans les chambres ; sur certaines machines, elle est ajustée automatiquement pendant la filtration pour garder les joints étanches [1].

2. Remplissage

La pompe remplit les chambres à débit limité [3]. le Mémento technique de l'eau indique un remplissage de dix minutes au plus sur boues d'épuration, plus court si la boue filtre bien [1]. Un remplissage trop violent pousse les fines dans la toile encore propre (voir le chapitre 4.4).

3. Filtration

Le gâteau s'épaissit, la résistance augmente et la pression monte jusqu'à sa valeur de consigne, puis s'y maintient. La filtration s'arrête quand le débit de filtrat tombe à un minimum fixé [3]. Sur boues urbaines, le Mémento cite une pression maximale atteinte en 30 à 45 minutes et une phase complète de 1 à 5 heures [1] ; la fiche de l'agence américaine de l'environnement (EPA) donne des cycles de 1,5 à 6 heures selon la boue et le conditionnement [2]. En minéraux ou en chimie, les cycles sont souvent bien plus courts : seul un essai sur le produit réel le dit.

4. Soufflage et, le cas échéant, lavage du gâteau

En fin de filtration, de l'eau puis de l'air comprimé vident le canal d'alimentation (le « noyau ») de la suspension non filtrée [3][2]. Selon le procédé, on peut aussi souffler de l'air à travers les gâteaux pour en chasser une partie de l'eau, ou laver le gâteau avec un liquide propre pour en extraire un produit dissous [3].

5. Ouverture et débâtissage

La pression de fermeture est relâchée, la tête recule et les plateaux sont écartés un par un, ou par groupes. Le gâteau tombe sous son propre poids, la toile formant un V entre deux plateaux ; quand il colle, des systèmes de secousse ou de raclage aident à le détacher [5]. Selon un fabricant, l'écartement prend typiquement 1 à 5 secondes par plateau [3] ; le Mémento cite 15 à 45 minutes pour une machine d'une centaine de chambres, avec parfois une aide manuelle sur gâteau collant [1].

Expérience de terrain : c'est à cette étape que l'on voit le mieux l'état des toiles. Un gâteau qui reste collé, une chambre plus humide que ses voisines ou un bord d'étanchéité sale se notent à chaque débâtissage.

GrandeurOrdre de grandeurSource
Pression de filtration standard15 bar ; versions 7 bar pour certaines bouesMémento technique de l'eau [1]
Pression maximale des machines modernes100 à 225 psi, soit ≈ 7 à 15,5 barFabricant [3]
Durée de filtration sur boues urbaines1 à 5 hMémento technique de l'eau [1]
Durée de vie des toiles, machine bien conduiteplus de 2 000 cyclesMémento technique de l'eau [1]

Ces valeurs viennent pour l'essentiel du traitement des boues d'épuration ; elles varient fortement d'un produit à l'autre.

Sécurité. Un pack fermé contient une suspension sous pression, parfois chaude ou corrosive, et la fermeture met en jeu des efforts hydrauliques considérables. On n'intervient jamais entre les plateaux pendant un cycle ou un déplacement de plateau, on respecte les protections et les consignations prévues par le constructeur et le site, et l'on n'ouvre qu'après décompression complète.

Le rôle de la toile

Sur un filtre-presse, la toile remplit quatre fonctions à la fois :

Le Mémento technique de l'eau décrit, sur boues d'épuration, des toiles synthétiques le plus souvent monofilament (polypropylène ou polyamide), souvent posées sur une sous-toile plus grossière qui facilite l'écoulement du filtrat et soulage la toile fine ; les toiles multifilament plus serrées servent aux boues d'hydroxydes très fines [1]. Le choix de la fibre et du tissu est détaillé aux chapitres 3.1 et 3.2 ; la fixation de la toile autour de l'orifice d'alimentation, au chapitre 3.4.

Les points d'usure

La lecture d'une toile usagée et les causes de casse sont traitées aux chapitres 4.1 et 4.2. Pour aller plus loin dans la déshydratation, le filtre-presse à membranes ajoute une étape de pressage : c'est le chapitre 2.2.

Sources

[1] SUEZ, SUEZ Water Handbook (manuel technique en ligne), « Conventional recessed plate filter press ». suezwaterhandbook.com, consulté le 26/10/2026.

[2] U.S. EPA, Office of Water, Biosolids Technology Fact Sheet : Recessed-Plate Filter Press, EPA 832-F-00-058, septembre 2000. epa.gov, consulté le 26/10/2026.

[3] McLanahan, « 8 Factors Affecting Filter Press Cycle Time » (article de fabricant). mclanahan.com, consulté le 26/10/2026.

[4] C. Jenson, « Filter presses for aggregate plant effluent », Quarry, avril 2013. quarrymagazine.com, consulté le 26/10/2026.

[5] M. Shirato, « Filter presses : A review of developments in automatic filter presses », Filtration + Separation. filtsep.com, consulté le 26/10/2026.

Les passages marqués « expérience de terrain » relèvent de la pratique d'exploitation et ne s'appuient pas sur une source publiée.

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